Home » Exposition Temporaire

Exposition d’ethnoarchéologie

Musée de Saint-Raphaël mars, avril 2016.

Expo2016 St Raph

l'archéologue Carole Cheval, qui a préparé l'exposition, dans le site magnifique de la vieille église de Saint-Raphël.

l’archéologue Carole Cheval, qui a préparé l’exposition, dans le site magnifique de la vieille église de Saint-Raphël.

mobilier d néolithique trouvé à Saint-Raphaël, comparé à des objets ethno de même usage.

mobilier paléolithique trouvé à Saint-Raphaël, et à Nice comparé à des objets ethno de même usage.

reconstitutions d'arcs et de flèches du néolithique confrontées à une flèche apache.

reconstitutions d’arcs et de flèches du néolithique confrontées à une flèche apache.

Armes des aborigènes Yolngu au début du 20ème siècle.

Armes des aborigènes Yolngu au début du 20ème siècle.

https://www.academia.edu/23555154/Transverse_arrowheads

2015: Exposition du Musée de Préhistoire de Tourrette-Levens.

Plantes toxiques pour poison à flèche utilisées jadis en Europe.

La Flèche et le Poison.

En ce moment (mai 2015), une étude est menée par Valentina Borgia du MacDonald Institute for archaeology de Cambridge sur l’emploi du poison par les chasseurs dès le Paléolthique. Cette étude est menée en collaboration avec Michelle Carlin, une chimiste de l’université de Northumbria, spécialisée dans les méthodes les plus récentes de la police scientifique. Elles tentent de déterminer la présence de substances toxiques sur des spécimens archéologiques.

L’objectif de notre exposition est similaire, mais la démarche est différente : au lieu de prouver la présence de poison sur les objets archéologiques, elle tente de mettre en évidence la nécessité de l’emploi de projectiles empoisonnés par les chasseurs à partir du Mésolithique, et ceci par l’établissement d’un modèle ethnologique basé sur les pratiques des chasseurs « sauvages » encore en activité quotidienne au 20ème siècle.

Pour concevoir ses techniques, l’Homme s’est toujours inspiré de la Nature. Et un animal qui symbolise le poison nous offre au moins trois cas de la nécessité d’employer une substance toxique  et rapidement létale. Certains serpents n’ont pas les mâchoires suffisamment puissantes, ni les muscles constricteurs, pour tuer leur proie, ils doivent piquer n’importe quelle partie du corps de leur victime ; et ces animaux peuvent également se défendre par leur venin de l’attaque d’un ennemi, voire de décourager cette attaque.

Ces trois cas s’imposent également pour le chasseur qui va utiliser le poison si son projectile n’a pas l’énergie suffisante pour être létal ; si sa proie, blessée, peut s’enfuir et se perdre dans la brousse ; ou si, au contraire, elle peut violemment se retourner contre lui. Ces considérations sont valables à la guerre comme à la chasse. Le poison d’une flèche doit donc avoir un effet fulgurant, et c’est en général le cas, car l’action du poison végétal concentré est souvent activé par un adjuvant comme le latex d’euphorbe, qui, vaso-dilatateur accélère la diffusion des toxines dans l’organisme.

L’imaginaire du grand public associe aisément le poison avec la flèche,  surtout avec la flèche « sauvage », celle de la jungle ou des îles du Pacifique, (comme celle qui tua Magellan à Mactan, dans les Philippines) ou à la rigueur avec la flèche de l’Homme des Cavernes,  mais rarement avec la flèche « civilisée », celle de notre Antiquité ou de notre Moyen-âge. Pourtant l’étymologie prouve que dès le début de notre culture occidentale, poison, arc et flèche étaient étroitement liés : en Grec ancien le mot « toxon (τοξον) » désigne l’arc et « toxicon ( τοξιχον)» s’applique au poison dont on enduit les flèches (cité par Aristote). Ce poison est nommé « toxicum » en Latin et est mentionné par Pline l’Ancien qui le rapproche du terme « taxus » qui désigne l’if, arbre vénéneux mais qui donne un bois d’arc réputé et très souvent employé au cours des diverses périodes néolithiques en Europe et en Amérique du Nord.

Borgia et Carlin (MacDonald Institute Cambridge) ont dressé un catalogue des plantes et substances existantes pouvant produire un poison convenant à un projectile, mais les textes anciens nous donnent déjà des pistes à suivre.

Relatant la mort du Centaure Nessus, Fénelon écrit : « Vous savez que les flèches d’Hercule, qui tua ce perfide centaure, avaient été trempées dans le sang de l’hydre de Lerne, et que ce sang empoisonnait ces flèches, en sorte que toutes les blessures qu’elles faisaient étaient incurables ». Dans l’œuvre d’Homère, l’utilisation de flèches empoisonnées est récurrente : dès le début de l’Iliade, Ulysse réclame des flèches d’airain (nous serions donc à l’âge du Bronze) empoisonnées avec du suc de racine d’hellébore, plante commune dans nos régions, et il est probable que Achille, blessé au talon par une flèche ne serait pas mort si elle n’avait été empoisonnée par les Troyens assiégés. Certaines armatures de flèche en bronze, celtes, grecques et scythes en particulier, comportent une petite dépression ou des stries, formant probablement un réceptacle à poison

pointes scythes en bronze, 6ème au 4ème s. bce. Celles du haut présentent des cupules et gouttières.

pointes scythes en bronze, 6ème au 4ème s. bce. Celles du haut présentent des cupules et gouttières.

Strabon et Aristote notent l’usage du poison par les archers celtes (jusquiame ou aconit) et Pline, « Galli sagittas in venatu elleboro tingut… », écrit que les Gaulois chassent  à l’aide de flèches empoisonnées avec de hellébore fétide. Ces auteurs remarquent tous que le chasseur doit enlever la partie de la viande contaminée autour de l’impact. Il faut cependant remarquer que le Veratrum album (qu’on trouve en altitude) a souvent été nommé « hellébore » au Moyen-âge. Il est toxique, mais ressemble plus à la gentiane.

L’usage de la sarbacane, qui implique le tir de fléchettes empoisonnées est attesté au Moyen Age pour la chasse et elle existe probablement depuis la préhistoire, mais sans avoir laissé aucune présence dans les fouilles, ni sur les représentations pariétales. Au cours du congrès d’Anthropologie consacré à la chasse au mammouth, (Monaco, octobre 2014), le Pr. Michel Egloff a révélé que, à côté du site répertorié de La Tène (CH), un site beaucoup plus ancien a été dégagé sur la rive du lac de Neuchâtel. Il s’agit d’un établissement de chasseurs de chevaux, utilisant propulseurs et sagaies il y a environ 11 000 ans ; ces sagaies étaient munies d’armatures à microlithes, qui, si l’on considère le peu de puissance générée par la masse combinée avec la vitesse du projectile, devaient être enduites de poison pour pouvoir tuer ces animaux de grande taille. La thèse de Lorène Chesnaux, démontre que des microlithes retrouvés dans le Vercors pouvaient servir d’armatures perçantes de flèche. Et on peut là aussi supposer que le poison était employé, la région d’altitude étant propice à la pousse d’Aconit napellus, un toxique végétal très puissant. Plus tard, Pline note également que les Scythes utilisaient également l’Aconit et que les Celtes empoisonnaient leurs pointes de flèche avec une préparation à base de jusquiame (Hyoscyamus niger), plante abondante partout en Europe.

Il est cependant un contre exemple qu’il faut noter : c’est celui de la flèche à tranchant transversal que l’on trouve chez certaines cultures préhistoriques (Monte Arci en Sardaigne 8000 BP, Ertebolle au Danemark,6500 BP, Tumulus de Gavrinis dans le Morbihan, 5600 BP) antiques (Haute Egypte) ou historiques (Japon, BaLuba, Tchokwé). Ce type de flèche est dit « hémorragique » c’est-à-dire qu’il est destiné à affaiblir la victime par une grande perte de sang. On peut donc exclure dans ce cas l’emploi de poison.

Toutefois, la flèche empoisonnée, arme jugée « perfide », contraire à la morale chrétienne ou à l’esprit de chevalerie, est délaissée un temps en Europe. Cependant, dès la moitié du 15ème siècle, les caboteurs portugais redécouvrent ces projectiles chez les riverains du Golfe de Guinée, Puis au début du siècle suivant, on en reparle, notamment à cause des Espagnols, lors de la conquête de l’Amérique du Sud : selon les témoins, un soldat touché n’a pas le temps de dire un « Avé Maria » avant de succomber.. A la même époque, le célèbre chirurgien Ambroise Paré note dans ses Œuvres (publiées plus tard, en 1652) que la flèche trempée dans l’Aconit Luparia (Aconit Tue-Loup) cause des blessures mortelles, même par simple égratignure.

En Amérique

Le poison est effectivement largement utilisé au nord et à l’ouest de la vaste forêt amazonienne, parfois pour les flèches d’arc (mais pour le gibier habituel, celles-ci,de par leur masse et leur vélocité, ont un impact létal) mais systématiquement pour les traits de sarbacane. Les peuples des Guyanes comme les Oyampi, les Wayana, les Tirio et autres Galibi, ou bien les Yanomami des rives de l’Orénoque utilisent des pointes de flèche amovibles  qu’ils enduisent de curare et gardent dans un petit carquois de bambou, attaché à la taille, pour ne les fixer sur la hampe qu’au moment du tir. Elles servent au gros gibier, mais surtout à la chasse au tapir et au jaguar qui se retournent contre les chasseurs. Ces armatures sont soit taillées en forme de navette dans une lame de bambou, soit constituées d’étroites aiguilles de bois de palmier Chonta, dans ce dernier cas les pointes sont striées ou entourées de fil afin de retenir le poison. Par mesure de précaution, elles sont aussi transportées dans un manchon de roseau, et les chasseurs Yanomami emportent aussi un petit outil  constitué d’une incisive de rongeur, pour pouvoir réaffûter la pointe après chaque tir. La chair contaminée, autour de la plaie, ne doit pas être consommée. Les flèches empoisonnées sont très rarement utilisées pour le combat entre tribus..

La composition du curare a fait l’objet de nombreuses controverses d’ethnologues. En fait, il existe plusieurs recettes, jalousement conservées par certaines tribus qui le fabriquent et en font commerce avec les peuples voisins. On peut admettre que la constante dans la fabrication est l’utilisation d’une liane Strychnos toxifera, originaire de la forêt guyanaise, dont on broie les racines et les graines pour en faire une décoction qui est petit à petit réduite à la consistance d’un goudron. Chaque tribu y mélange ses additifs comme le latex d’euphorbe, mais c’est le suc de cette liane qui paralyse rapidement les muscles jusqu’à l’arrêt respiratoire et cardiaque. Un arbrisseau, très toxique, le mancenillier (Hppomane mancinella) de la famille des Euphorbiacées est aussi parfois utilisé en additif surtout dans les Guyanes et les Caraïbes où il est très répandu.

L’usage de la sarbacane à fléchettes (en Amérique Centrale, on utilise la sarbacane avec des boulettes d’argile) est commun dans la forêt, du nord de la Colombie jusqu’au Pérou et à la Bolivie au sud-ouest puis aux Guyanes et au Venezuela vers l’est. Il existe plusieurs techniques de fabrication des sarbacanes, certaines impliquant l’emploi d’un tube de roseau inséré au centre d’un tube de bambou, d’autres la connexion minutieusement ajustée de deux moitiés du tronc d’un jeune palmier, creusées d’une gorge, et collées et étanchéifiées avec un mélange de cire et de résine. Le tube est longuement poli au sable. Mais toutes les sarbacanes pour adultes ont une longueur minimale avoisinant les deux mètres et atteignant souvent trois mètres. Ces longs tuyaux sont ligaturés avec des lanières d’écorce ou de tiges de philodendron séchées.  Parfois un viseur est fixé près de l’embouchure. Les tribus de la région comprise entre les rivières Vaupés et Caqueta, dans la forêt du sud-est de la Colombie sont des spécialistes de cette fabrication et font le troc de ces sarbacanes contre d’autres denrées .

Les dards utilisés sont très fins et très rigides, en général taillés dans la nervure centrale d’une feuille de palmier, longs environ de 25 cm et très acérés (poids de 0,9 à 1,5 gramme). Ils sont munis d’un enroulement de kapok naturel récolté directement sur l’arbre et emmagasiné dans une petite courge séchée et percée. Celle-ci est liée à un carquois que le chasseur porte autour du cou. Il enroule un ruban de kapok sur la fléchette en la faisant tourner, et en l’humectant de salive, au fur et à mesure des besoins. Au moment du tir, l’Amérindien entaille souvent le trait, derrière la partie empoisonnée, à l’aide de deux dents de piranha, afin que la pointe casse et que la partie toxique reste dans la proie si celle-ci se débat. Contrairement à ce que les explorateurs de 19ème siècle pensaient, ce poison foudroyant qui envenime la pointe des fléchettes n’est pas, en général, le curare végétal, mais le venin cutané exsudé par une famille de petites grenouilles multicolores : les Dendrobates. Pour la majorité des espèces, il faut présenter le petit batracien à une flamme pour récolter son venin, mais on peut enduire les traits directement au contact du dos de quelques espèces. Le mucus d’une seule Phylobates terribilis serait suffisant pour tuer douze personnes. Ce joli petit animal vit sur la côte sud de la Colombie, dans la forêt humide bordant le Pacifique.

En Amérique du Nord, certains guerriers Apache ou Comanche, faisaient mordre un morceau de viande à plusieurs crotales, puis fichaient leurs pointes de flèches dans cette chair avariée. La tradition rapporte que les Seri de Californie utilisaient des flèches monoxyles qu’ils enduisaient de décoction concentrée de racines d’Eschscholzia, pavot de Californie. A l’est les Cherokee et les Catawba se servaient parfois de sarbacanes mais les traits n’étaient pas systématiquement empoisonnés.

 

En Afrique australe.

Des stigmates mis en évidence sur des microlithes prouveraient que l’Afrique australe est probablement le berceau de l’arc (63 000 ans BP selon le Dr. Marlyse Lombard)…Certaines peintures pariétales (au Drakenberg, par exemple) montrent que Bushmen, Bochimans ou San sont probablement présents dans la région depuis très longtemps. Les petits archers du Kalahari et des contrées avoisinantes chassent avec des arcs de petite taille et de faible puissance. Les flèches des !Kung ou des Jo’hansi, sans empennage, ont un fût aussi grêle qu’une paille et sont d’un poids dérisoire. Elles ne pourraient tuer par leur seul impact. Pourtant, elles peuvent abattre antilopes, phacochères et même girafes car elles sont l’aboutissement d’une ingéniosité cumulée de génération en génération au cours des millénaires.

Ce sont des flèches gigognes ; elles comportent une pointe détachable, reliée au fût par un manchon et une cheville qui s’emboîtent sans être fixés. Ainsi, cette petite pointe pique le gibier et reste prise sous la peau, même si l’animal s’ébroue ou se frotte aux buissons. La pointe, autrefois en os, (les fouilles de la grotte de Sibudu, au Natal par le Dr Lombard, ont donné des navettes d’os semblables dans une couche datée 61 000 ans BP) et plus récemment fabriquée avec un morceau de fil de fer martelé pour former une lame, comporte un pédoncule sur lequel est enroulé du tendon imbibé de poison. Ce poison résulte d’une observation ancestrale et partagée de la nature et paralyse, puis tue, un rongeur en dix minutes, une grande antilope en une heure. Le mélange mortel comporte parfois des additifs (latex d’euphorbe, venin de mamba) destinés à augmenter la rapidité de son action, mais l’ingrédient principal est un neurotoxique complexe doublé d’un hémolytique qui détruit les globules rouges, et pour lequel on ne connaît pas encore d’antidote. Il est fabriqué à partir de chrysalides ou pupes de Chrysomélidés : Diamphidia ou Polyclada, sortes de petits hannetons de couleur ambrée. Parfois cette pupe est parasitée par la larve d’un autre coléoptère, un carabe nommé Lebistina  et le poison obtenu est encore plus virulent (Oskar Nadler, « The Arrow Poison of the !Kung Bushmen Hunters »).

Sachet en peau d'antilope contenant deux pupes de scarabées Diamphidia.

Sachet en peau d’antilope contenant deux pupes de scarabées Diamphidia.

Les !Kung (le « ! » initial exprime un claquement caractéristique de leur langue) fabriquent de minuscules arcs en corne d’une quinzaine de centimètres. Ces petits arcs et flèches peuvent servir d’armes de défense si les pointes en sont empoisonnées ; les colons les appelaient « the Bushman’s revolver ». Mais, en général cet attirail a un rôle plus romantique; si un jeune !Kung tombe amoureux d’une belle, il lui décoche une petite flèche, sans lui faire de mal. Si la jeune fille ramasse la flèche, une idylle commence.

En Afrique équatoriale

Les Pygmées d’ Afrique semblent être originaires des collines d’Ethiopie. Sous la pression des peuples bantous (grands Noirs) ils se sont dispersés et réfugiés au cœur des grandes forêts. Ils vivaient jusqu’à une période récente une vie nomade, habitant des huttes de branches et de feuilles ou des cabanes de palmes. Ils ignoraient la métallurgie et obtenaient par le troc les objets de métal de population de Bantous de la lisière, à qui ils servaient de guide de chasse ou à qui ils fournissaient de la viande de brousse. Les grandes concentrations de clans pygmées se situent aux confins du Congo RDC et de l’Ouganda ou du Ruanda, puis du Gabon au Cameroun et du nord du Congo Brazza à la rivière Oubangui.

Comme leurs cousins de l’est du Congo, les Baka du Cameroun chassent à l’aide de petits arcs avec des flèches empoisonnées: la pointe en bois est marquée d’une entaille spiralée destinée à retenir le poison. Les Baka utilisent également une grande arbalète qui comporte un déclencheur très particulier, car il est constitué par l’arbrier fendu dans sa longueur. En rapprochant les deux parties, le tireur  pousse une petite cheville qui libère la corde. Cette arbalète (comme celle des Aka) est unique dans l’archerie africaine et constitue encore une énigme historique. Il est à noter que les arcs de ces arbalètes ne sont pas souples, mais taillés en courbe à la machette.

Les Aka vivent entre les rivières Sangha et Lobaye. Ils chassent à l’aide d’arcs taillés dans un bambou épais, avec comme corde une éclisse de bambou. Ils disposent de flèches assez longues avec de armatures forgées. Les Aka fabriquent également des arbalètes pour la chasse au petit gibier, mais elles comportent une gâchette à levier. Pour les deux ethnies cousines, les fléchettes sont minuscules et empennées d’un triangle soigneusement découpé dans une feuille dont les nervures sont conservées perpendiculairement à la hampe du projectile. Celui- ci, très léger, est propulsé à grande vitesse à plus de 20 m. et avec précision. Les traits sont enduits de poison tiré de l’écorce d’une jolie liane a belles fleurs : le Strophantus, dont on peut utiliser la racine et les graines en macération à concentrer. Souvent, la cueillette du Strophantus, fait l’objet d’une ascèse quasi religieuse pour le chasseur qui doit jeûner avant  sa quête. 

Les flèches végétales des Pygmées ont souvent des pointes ciselées en spirale afin de retenir le poison. Ce poison fait l’objet de recettes dont le secret est farouchement conservé, mais on sait que deux plantes sont souvent utilisées en Afrique équatoriale: le Strophantus d’une part, ou bien l’Akokanthera qui fleurit en panicules blanches, mais dont les petits fruits noirs sont mortels.

Vers l’est du Congo RDC, en limite du Burundi, du Ruanda et de l’Ouganda se trouve la grande région de forêts denses de l’Ituri. La grande famille des pygmées M’Buti y habite. La plupart mènent une existence nomade, vivant dans des huttes rondes de feuillage, et échangeant de « la viande de brousse » contre des légumes ou des objets de fer avec les populations bantoues de la périphérie. Certains comme les Efé sont sédentarisés et les Mangbetou, semi-pygmées du nord ont su créer une société hiérarchisée et une culture raffinée. Leurs forgerons sont habiles et minutieux et fabriquent de minuscules pointes à barbelures. Tous ont pourtant un matériel et des pratiques de chasse très semblables. Les arcs comportent des éclisses de bambou en guise de corde, et leurs flèches n’ont donc pas d’encoche mais des talons striés pour faciliter la préhension. Les empennages sont simplement une feuille glissée dans une fente du fût. Ceux des Mangbetou ont des feuilles retaillées et parfois doublées. La chasse se pratique à courte distance, un coin de forêt étant fermé par un filet sur deux côtés.

L’Afrique des savanes.

Les N’Dorobo vivent en Tanzanie, dans la région du Kitwaye, au sud du Kilimandjaro. Ce sont des parents pauvres de Masaï, car ils possèdent des troupeaux de chèvres ou de brebis et non de bovidés comme leurs cousins du Kenya. Ils chassent à l’affût autour des points d’eau. Le secret de la fabrication du poison est détenu par le sorcier-guérisseur qui en échange une petite quantité contre du gibier. Il est fabriqué à partir de la sève concentrée d’Adenium obesum, (une sorte de mini baobab) mélangée à du latex d’euphorbe candélabre.

Dans le Sahel et toutes les régions arides au sud du Sahara, on chasse à l’aide de flèches à pointes forgées dont on enduit le pédoncule du jus concentré des diverses plantes, on prise une variété de Strophantus sous le climat tropical de la côte atlantique en Côte d’Ivoire, ou bien la scille maritime (Drimia maritime) gros bulbe toxique qui pousse dans les montagnes arides, mais le poison le plus fréquent est tiré de l’Oleander, notre laurier rose omniprésent mais d’une grande toxicité. Les Lobi, Mossi, et Haoussa mélangent aussi aux poisons végétaux des fluides de chair en décomposition (bien que cette pratique soit interdite aux musulmans). Ces poisons sont si redoutés, qu’au Nord de la Centrafrique, on a recréé des compagnies d’archers qui peuvent mettre en échec les déserteurs pillards venus du sud, pourtant armés de Kalachnikovs. Lors des émeutes récentes en Centrafrique, entre factions chrétiennes ou musulmanes, les troupes d’interposition ont confisqué autant d’arcs que d’armes à feu.

L’Asie du sud-est.

On trouve dans la péninsule de Malaisie (Sennaï),ou dans les îles de l’archipel d’Indonésie, des tribus qui utilisent la sarbacane . Celle-ci est faite d’une grande longueur de bambou soigneusement polie. Les traits sont munis de bouchons fabriqués à partir de la moelle de certaines branches. Il en est de même pour les célèbres Dayak de Bornéo. Tous les traits sont enduits de latex d’arbre Ipoh (Antiaris Toxicaria) très toxique.

Les collines de l’Indochine et de l’Asie du sud-est sont depuis des siècles le refuge de populations venues de Chine, repoussées par les Han, ethnie dominante. Les Moï, les H’Mong, les Miao, les Joraï, les Karen et d’autres vivent dans des villages en hauteur et privilégient l’arbalète, arme ancestrale. Ces arbalètes sont très puissantes, souvent plus de 150 livres, elles peuvent être munies de cordes en éclisse de bambou,en chanvre, ou en fibres d’écorce et tirent de petits traits,  légers et d’une conception très rustique mais ingénieuse: l’empennage en est une simple foliole de palme pliée en trois, et insérée dans une tige de bambou ligaturée. Le poison est tiré d’un arbre nommé localement I-péh (Antiaris toxicaria également). L’écorce en est scarifiée comme pour un hévéa, et la sève, réduite à chaud produit un poison si puissant qu’un visiteur né en Annam se souvient avoir vu un éléphant abattu par un de ces traits. Ces traits étaient d’ailleurs la terreur des Vietminh puis des Viêt-Cong lors des embuscades des « montagnards » qui avaient pris partie contre eux.

CHINE: L’empire des Qing, dynastie mandchoue.

L’arbalète à répétition a été créée au 3ème siècle de notre ère par le général Zhuge Liang, à l’époque des «Trois Royaumes Combattants », avant l’unification de l’Empire. Elle a été militairement  utilisée jusqu’à la guerre sino-japonaise en 1894, mais également pour défendre les fermes isolées jusqu’au début du 20ème siècle, et devait servir aux paysans pour protéger leur récoltes des pillards. Cet engin était réputé capable de tirer 10 traits en 25 secondes.

En même temps, de grandes rivalités existaient aux 18ème et 19ème siècles au sein même de la Cité interdite et de l’entourage de l’Impératrice douairière Tseu-Hi. On se trucidait fréquemment. Une petite arbalète à ressort hélicoïdal était dissimulée dans une des vastes manches des tuniques de soie et pouvait projeter un dard empoisonné à une dizaine de mètres.

Le jus des bulbes d’aconit (Aconitum Carmichaelii) concentré, qui enduisait la pointe de tous ces traits et dards, tuait en moins d’une minute.

La Nouvelle Guinée.

La Nouvelle-Guinée est une grande île au relief très accidenté, barré de vallées profondes. Les villages, souvent en vue les uns des autres, se trouvent séparés par de longues marches. Les escarmouches entre villages étaient encore fréquentes il y a cinquante ans. Parfois suivies de festins cannibales. Souvent d’une vallée à l’autre, on ne parlait pas la même langue et les combats se passaient à coups de volées de flèches. Dans la région centrale (haut Sépik, Goroka), on décorait les armatures avec des tiges d’orchidées séchées, d’un très joli effet, mais plusieurs voyageurs rapportent que ces jolies flèches étaient trempées dans un cadavre en décomposition. C’était une forme d’empoisonnement bactériologique. Pire encore, plus à l’est, vers les hautes terres, on emmanchait un os humain sur la flèche. Le guerrier ainsi blessé par cette pointe croyait alors que l’esprit du mort prenait possession de son corps et perdait toute énergie.  Le poison était en ce cas psychologique…

Il faut bien remarquer, qu’avant l’infâme boucherie du premier conflit mondial, ou la barbarie soigneusement planifiée du nazisme ou du stalinisme, l’Européen dans sa bonne coscience coloniale, a beaucoup insisté sur la cruelle « sauvagerie » du Naturel non « civilisé ». Une carte postale montre un couple de bambins brandissant des flèches empoisonnées et portant des colliers d’os humains.

Couple d'enfants des Nouvelles Hébrides vu par un Européen pour des Européens: du sensationnel morbide et ethnologiquement absurde.

Couple d’enfants des Nouvelles Hébrides vu par un Européen pour des Européens: du sensationnel morbide et ethnologiquement absurde.

Voir site; http://www.sepp-prehistoire.com/visites/2015/023/visite_023.php

et aussi Academia.edu:  https://www.academia.edu/s/0fc52cad9d?source=link

affiche fleches ok

 

Docteur en paléontologie, Patricia Valensi est Conservateur du Musée de Préhistoire.

Docteur en paléontologie, Patricia Valensi est Conservateur du Musée de Préhistoire.

EXPO TOURRETTES SUR LOUP septembre 2014

conférenc "l'Arc Premier", le 6 septembre.

conférence « l’Arc Premier », le 6 septembre 2014

001

 Affiche1

Exposition « l’Arc Premier »

Musée de Paléontologie Humaine

de Terra Amata. Nice. 2013

voir la page:

http://www.hominides.com/html/exposition/l-arc-premier-prehistoire-terra-amata-nice-0440.php